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Yohann Chansellé

Ingénieur Paysagiste, Co-gérant, Agence Up, France

Vers un nouveau métabolisme Ville-Port

La relation Ville-Port entre aujourd’hui dans un nouvel âge, qu’il nous faut considérer.

Age 1 / Réconciliation et réappropriation
L’ère est marquée par la naissance de l’AIVP en 1980 et la prise de conscience d’une identité singulière de la Ville-Port. Les activités portuaires réorganisées et/ou relocalisées en limites de ville, permettent une réappropriation des quais et espaces portuaires du cœur de ville, établissant les bases d’un nouveau dialogue. A la place de ports marchand/industriel ; l’aménagement de marinas et waterfronts se multiplie, devenant même les signatures des villes. L’image de la Ville-Port est alors essentiellement récréative replaçant l’habitant en façade maritime, touristique en ne laissant parfois que l’activité de croisière au cœur de ville.

Age 2 / Coexistence et Interface et dualité
Après une « réappropriation urbaine (et partielle du port), Ville et Port prennent conscience de la nécessité d’une coexistence, de maintenir une activité portuaire à proximité de la ville. La question de l’interface est alors posée à de multiples égards en terme d’intégration des activités portuaires dans un tissu urbain de plus en plus dense, comme en terme d’articulation sociale (valorisation des métiers et des activités). Les aménagements portuaires se font urbains, soucieux d’intégration et de la qualité de vie/travail des usagers. Le port reprend un place dans l’imaginaire et la vie des habitants.
L’image de la Ville-Port est alors essentiellement active, logistique.
Mais cet âge marque aussi le développement/maturation des deux facettes du port :
– le port S, comme composante d’une ville, de son histoire, témoin d’une identité maritime/fluviale,
– le port XXL, comme ville à part entière. Pour des besoins logistiques ou des nécessités environnementales, les ports ne cessent de se développer, toujours plus gros mais aussi toujours plus loin, en dehors la ville, en dehors des terres (off shore).
Alors que le dialogue entre autorité portuaire et ville s’amplifie, les relations physiques se distendent. Sur un plan politique, elles se tendent parfois, face à certaines problématiques environnementales (pollutions et impacts sur la ville comme le montre les récentes polémiques à Venise ou Marseille). L’acception du port par la ville serait-elle arrivée à saturation ? La relation Ville-Port peut elle se réinventer ?

Age 3 / Next génération
Pour éviter un éclatement de la relation Ville-Port, une nouvelle génération d’interface doit voir le jour. Il ne s’agit plus désormais de faire interface, mais Ville Et Port doivent faire face ensemble aux défis économiques, environnementaux et sociétaux. Il ne s’agit plus de projeter des surfaces « hors de » ou de créer les conditions d’intégration de l’un dans l’autre. Il faut co-construire un nouveau morceau de ville, de port … Une troisième entité, une nouvelle composante urbano-portuaire, « un tiers-port » répondant à la fois aux nouveaux besoins. Il faut aujourd’hui dépasser le cadre de la coexistence pour entrer dans celui de la co-dépendance/co-valeur ajoutée. Port et Ville doivent définir un destin commun.
– Compacité et productivité : Cette tierce composante devra permettre de minimiser les déplacements entre activités jusqu’alors périphériques et consommateurs urbains, d’être générateur de richesses et des ressources (agriculture, énergie) en centre urbain, ou envisager une mutualisation énergétique (le port peut il fournir une partie de l’énergie nécessaire à la ville et/ou réciproquement selon les temps et besoins).
– Innovation et réversibilité : Dans une logique de résilience, il est nécessaire de diversifier les systèmes productifs et économiques, de penser la réversibilité des aménagements, et de favoriser l’innovation technologique. Il s’agit d’encourager à la fois : l’implantation de nouveaux types d’entreprises ou processus de création industriels (locaux adaptés pour l’implantation des petites entreprises et start’up, des espaces adaptés à tous les types de production, c’est à dire de l’hyper-production aux espaces d’expérimentation (prototypes industriels) ; les ports à développer les champs de l’interconnexion numérique ; la création de bâtiments ou espaces dont les usages ou fonctions peuvent évoluer au fur de la semaine, du temps. Ports et ville doivent devenir agiles.
La relation Ville-Port « next génération » devra sans doute faire valoir : des « Tiers Ports Urbains » valorisation la co-dépendance.

Biographie

Ingénieur Paysagiste, diplômé de l’ENITHP (Ecole Nationale des Ingénieurs des Techniques de l’Horticulture et du Paysage), après 10 ans d’expérience en espaces publics, il co-fonde l’AGENCE UP en 2008. Il y coordonne la démarche environnementale. Il est spécialisé en paysage et maîtrise d’espaces publics. Il coordonne également la démarche environnementale au sein de l’agence.